Place des prothèses dans les cures de hernies inguinales. Use of prosthesis in inguinal hernia repair

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Place des prothèses dans les cures de hernies inguinales. Use of prosthesis in inguinal hernia repair

G. Champault, V. Surlin, A. Bordea, C. Barrat, C. Polliand, L. Matthyssens,
Articole originale, no. 6, 2003
* Université Paris XIII - CHU J. (AP-HP), Service de Chirurgie Digestive
* Université Paris XIII - CHU J. (AP-HP), Service de Chirurgie Digestive


Les hernies de l’aine constituent un problème de santé publique. En France, leur incidence était évaluée en 1998 à 272 pour 100 000 habitants (1). Ceci correspond à près de 160 000 interventions effectuées par an. Aux Etats Unis, on estime à plus de 700 000 le nombre de hernies opérées tous les ans (2). Il n’existe pas de consensus pour le choix de la technique de réparation idéale des hernies de l’aine. Elle doit réunir les conditions suivantes: risque opératoire réduit en raison de patients souvent âgées, faible coût, taux de récidive le plus bas possible, bonne qualité de vie après l’intervention (3), et une standardisation pour permettre l’apprentissage et la reproductibilité. Dans les années 1980 - 1990, deux techniques permettaient le traitement de presque toutes les hernies de l’aine. L’opération de Shouldice (4) était reconnue comme le “Gold Standard“, et celle de Stoppa (5) adaptée aux hernies bilatérales et/ou récidivées et aux patients aux risques de récidive élevés. Depuis, de nouvelles techniques sont apparues, fondées sur le principe de réparations sans tension, avec renforcement prothétique, comme l’opération de Lichtenstein (6) ou les cures par abord laparos-copique (7).
Le but de cette étude est d’analyser la place des prothèses dans les réparations de hernies de l’aine, sur une période de 12 ans.

Patients et Methodes
Entre janvier 1991 et décembre 2002, 1306 patients (1116 hommes, 190 femmes) d’âge moyen 47.4 ans (15 - 98) ont été opérés de hernies de l’aine lors d’une intervention programmée. Chez 1097 patients, la hernie était unilatérale (83.9%). Deux cent neuf (16.1%) avaient une hernie récidivée.
Pour chaque patient, des fiches d’évaluation et de suivi des réparations herniaires étaient remplies de façon prospective pendant toute la durée de l’étude. Elles comportaient, outre les données cliniques, du terrain, des antécédents, celles du compte-rendu opératoire, des suites, des complications, et d’un suivi programmé avec consultations pluri-annuelles. L’étude a été menée à partir de l’analyse de ces fiches, année après année, depuis 1991. Quatre types d’interventions étaient réalisées pendant cette période: l’opération de Shouldice (8), modifiée, réalisée au fil non résorbable sous anesthésie générale; l’opération de Stoppa (5) avec abord médian extra-péritonéal et mise en place d’un large prosthèse de polyester en site pré péritonéal; l’abord laparoscopique (9) totalement extra péritonéal (TEP), utilisant une ou deux prosthèses de polypropylène de 12 cm sur 15 cm, fendue initialement puis avec pariétalisation du cordon en fin d’expérience, mais non fixée et l’opération de Lichtenstein (10) selon la technique princeps, utilisant une prothèse de polypropylène fendue.
Statistiques
Les résultats sont exprimés par leur valeur moyenne et tempérés par la déviation standard. La comparaison des groupes a fait appel aux tests non paramétriques type Anova (test de Mann-Witney) pour les groupes, ainsi qu’au test de Chi2 et au test de Student. La différence est jugée significative si p < 0.05.

Resultats

Les résultats globaux sont reportés sur le tableau 1. Les réparations par raphie (n=448) représentent 34.3%; celles par prothèses 65.7% dont 5.3% selon la technique de Stoppa (n=70), 26.9% (n=352) par laparoscopie et 33.3% (n=436) selon Lichtenstein.
L’évolution des techniques (tableau 1) montre que l’opération de Stoppa qui constituait en 1991 la seule alternative prothétique de réparation herniaire n’est pratiquement plus réalisée depuis 1998. Les réparations par laparoscopie, apparues en 1992, ont atteint un pic représentant plus de 50% des réparations en 1993 pour décroître et se stabiliser autour de 20%. L’opération de Lichtenstein réalisée depuis 1993, a pris une place croissante pour représenter près de deux tiers (65%) des réparations herniaires en 2002. Parallèlement les raphies, (Shouldice) n’ont cessé de décroître de façon significative (p < 0.001) pour passer de 91.9% à 14.6% en 2002.
Tableu 1 - Evolution des techniques
Anne
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
Total
Raphies
80
67
34
40
47
40
25
17
26
27
24
21
448
Laparoscopie
0
10
44
40
45
33
24
27
39
22
40
28
352
Lichtenstein
0
0
1
4
8
14
32
43
65
78
97
93
436
Stoppa
7
15
4
10
7
9
11
4
0
0
2
1
70
Total
87
92
83
94
107
97
92
91
130
127
164
143
1306
La place des prothèses dans les réparations herniaires (tableau 2) est passée de 9.1% en 1991 à 85.4% en 2002 (p < 0.001).
Tableau 2 - Place des protheses dans les cures de hernie de l'aine
Anne
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
Raphies
80
67
34
40
47
40
25
17
26
27
24
21
%
91.9
72.9
40.7
42.6
44.0
41.3
23.2
18.7
20
21.3
14.6
14.6
Protheses
7
25
49
54
60
57
67
74
104
100
140
122
%
9.1
27.1
59.3
57.4
56.0
58.7
72.8
81.3
80
78.7
85.4
85.4
En matière de récidive herniaire (tableau 3), une prothèse a été utilisée dans 74.6% des cas de la série (156/209) mais le pourcentage et passé de 10% des cas (2/10) en 1991 et dans 100% des cas depuis 2000. Lors de la mise en place d’une prothèse pour hernies récidivées, les opérations de Stoppa et l’abord par laparoscopie ont été les techniques quasi-exclusives de 1991 à 1995 (38/45) (85%). Après cette date, les réparations par laparoscopie et par Lichtenstein (84.6%) ont été utilisées dans tous les cas (100%) depuis 1999 (tableau 4).
Tableu 3- Evolution des techniques dans les hernies recidivees
Anne
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
Total
Raphies
18
10
4
5
7
4
1
0
3
0
1
0
53
Laparoscopie
-
2
8
5
8
2
3
4
3
5
4
2
46
Lichtenstein
-
-
1
1
5
2
6
8
8
17
19
19
86
Stoppa
2
6
3
3
1
4
2
2
0
0
0
0
23
Total
20
18
16
14
21
12
12
14
14
22
25*
21
209
* 1 plug
Tableu 4- Place des protheses dans les hernies recidivees
Anne
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
Total
Raphies
18
10
4
5
7
4
1
0
3
0
0
0
52
%
90
55
25
35
33
33
8.3
10
21
0
0
0
25
Protheses
2
8
12
9
14
8
11
14
11
22
25
21
157
%
19
45
75
65
67
67
81.7
100
79
100
100
100
75
Total recidive
20
18
16
14
21
12
12
14
14
22
25*
21
209
* 1 plug
La durée de l’étude qui porte sur 12 ans, et les modifications dans le choix des techniques qui sont intervenues successivement, ne permet pas d’en comparer valablement les résultats, en terme de récidive. On peut cependant remarquer que sur 209 hernies récidivées opérées, 181 (87%) sont survenues après une ou plusieurs raphies et 28 (13%) après pose d’une prothèse lors de l’intervention précédente. Ces conditions, lorsqu’elles sont connues, permettent d’établir une stratégie dans le choix des techniques des hernies récidivées qui toutes actuellement relèvent d’un renforcement prothétique. Sa mise en place dépend de la liberté des plans pré ou rétro-musculaires, de l’état local et général qui conditionne le type d’anesthésie.

Discussion
La dernière décennie a été marquée par l’introduction ou le développement de techniques de réparations herniaires sans tension, comme l’abord laparoscopique ou l’opération de Lichtenstein, améliorant incontestablement les suites opératoires et la qualité de vie des patients (3, 11, 12). Simultanément d’importants progrès ont été réalisés en terme de prothèse, tant dans leur structure, leur composition que leur forme. Ainsi s’explique la place croissante de leur utilisation (13) depuis 12 ans, passant de 9.1% à 84.6% pour l’ensemble de l’étude et de 9.1% à 100% pour les hernies récidivées.
Les deux interventions réalisées en début d’étude, Shouldice et Stoppa, ont régressé, à l’inverse des opérations sans tension (14) qui se sont développées. L’opération de Stoppa qui était l’intervention de choix en terme de réparation herniaire en situation de risque élevé de récidives: hernies directes, bilatérales, déjà récidivées, chez des patients exposés professionnellement ou physiquement (obèses, bronchitiques ...) s’est vue remplacée par l’abord laparoscopique, notamment TEP (15), qui la reproduit de façon mini-invasive (9) ou par l’opération de Lichtenstein, aussi efficace, plus facile à réaliser, éventuellement sous anesthésie locale (12).
L’opération de Shouldice (16) était il y a 12 ans, le “Gold Standard“ en matière de réparation herniaire. Ses résultats en terme de récidive ont été bien étudiés, cependant aux USA (8) et en Europe (4. 16). Cette technique est cependant de réalisation et d’apprentissage difficile. On lui reproche des suites opératoires moins confortables (douleurs, qualité de vie) (15) que la laparoscopie des séquelles douloureuses (3) et des risques d’atrophies testiculaires (17).
Les réparations laparoscopiques ne représentent que 20% des réparations herniaires en France (1) ce qui correspond à notre expérience (20% en 1997 et 15% en 2002), en raison de ses difficultés, notamment chez l’obèse, de son coût et de risques spécifiques graves plus élevés que les autres interventions (8).
Enfin l’intérêt pour l’opération de Lichtenstein (18) tient à sa simplicité, sa reproductibilité, notamment en milieu de formation chirurgicale, son faible coût, pouvant être faite sous anesthésie locale chez des sujets à risque avec une efficacité prouvée à long terme (12, 19).
Ces constatations sont confirmées par les données de la littérature où la place des réparations prothétiques est croissante (13, 20, 21), avec un taux de récidive plus faible (21, 22, 23).
Cette évolution des pratiques est fondée sur des principes simples qui régissent le choix des techniques de réparations herniaires.
Pour les hernies primaires, l’opération de Shouldice reste indiquée chez les sujets jeune et très jeunes. Chez les sujets non obèses, professionnellement actifs, ou exposant à des récidives, chez les sportifs, et les patients sans risque anesthésique pouvant supporter une anesthésie générale, la réparation par laparoscopie trouve ses meilleures indications. Dans tous les autres cas, l’opération de Lichtenstein peut être réalisée, sous anesthésie générale ou locale, dans les hernies uni ou bilatérales et quel que soit l’âge du patient. Il n’y a plus de place pour l’opération de Stoppa.
Dans les hernies récidivées, la technique à entreprendre est fonction de la ou les interventions précédentes. Deux principes conditionnent ce choix: réaliser une technique à priori différente de celle(s) déjà réalisée(s) (23) et renforcer la paroi par une prothèse (13. 21). Après raphie, le choix se fait entre réparation laparoscopique (7) chez les sujets actifs et sans risque anesthésique ou l’opération de Lichtenstein chez les autres (19). Dans les récidives après réparation prothétique les moins fréquentes, le choix est déterminé en fonction de la situation de la première prothèse. Si elle est placée dans le plan pré péritonéal (Stoppa, laparoscopie), l’indication d’un Lichtenstein est logique et plus facile. S’il s’agit d’une prothèse “antérieure“ type Lichtenstein, la logique conduit à placer la nouvelle prothèse dans le plan postérieur pré péritonéal par laparoscopie ou selon Stoppa.
Néanmoins ces deux opérations requièrent une anesthésie générale et un abord complexe. Il y a place pour des alternatives nouvelles simples (24) et efficaces comme le Plug®* ou le PHS®** voire peut être à la réalisation d’un deuxième Lichtenstein.

Conclusion
Sur une période de 12 ans, les pratiques de réparations herniaires ont beaucoup évolué. La place des prothèses a évolué de 9.1% à 85% et même jusqu’à 100% dans les cures de hernies récidivées. Les opérations dites “sans tension“ sont devenues majoritaires en raison d’une meilleure qualité des suites opératoires et de la qualité de vie des opérés.

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