Romanian Society of Surgery Magazine

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Comentariu la articolul "Lettre d'un chirurgien parisien: la chirurgie parisienne en 1938“
N. Constantinescu (Chirurgia, 102 (3): 331-336)

Lettre d'un chirurgien parisien: la chirurgie parisienne en 1938
par Jean Braine, Chirurgien des Hôpitaux de Paris, Directeur de l'Amphithéâtre d'Anatomie, Membre de l'Académie de Chirurgie,
Revista de Chirurgie (Bulletins et Mémoires de la Société de Chirurgie de Bucarest).1938:no.7-8:pag.467-479

Fixer en quelques lignes les traits les plus typiques de la "Chirurgie parisienne 1938" est une tâche malaisée. Je tenterai cependant d'en exposer, en un bref aperçu, quelques-unes des caractéristiques essentielles.
C'est toujours notre vieille et vénérable Faculté de Médecine qui est chargée, officiellement, de former les futurs chirurgiens, puisqu'aussi bien c'est le diplôme de docteur en médecine qui confère encore, aujourd'hui comme hier, le droit d'exercer la chirurgie.
L'Université de Paris fut fondée en 1150, la Faculté de Médecine en 1270. L'enseignement de la chirurgie ne sortit de l'empirisme qu'au XVI-è siècle. Il fut d'abord dirigé et consacré, en dehors de la Faculté, par le "Collège de St.-Côme"qu'illustra Ambroise Paré. Médecine et chirurgie étaient alors complètement séparées, avec un enseignement, des diplômes et des privilèges distincts. Faculté et Collège Royal de Chirurgie furent ensemble supprimés sous la Révolution, en 1792. Rétablie sous le nom d'Ecole de Santé par la Convention en 1794, la Faculté ne reprit son titre qu'en 1808. Dorénavant la fusion des médecins et des chirurgiens fut définitivement réalisée.
La création d'un diplôme spécial de chirurgien a été fort débattue au cours de ces dernières années; elle serait destinée à endiguer le flot montant de certaines incompétences qui risqueraient, en le démocratisant à l'excés, d'avilir et d'entraîner vers l'abîme l'exercice de la chirurgie. Cette idée, pour l'instant en sommeil, sera reprise un jour prochain; il semble certain que, si ce brevet de spécialité est adopté, il devra être conféré par les Facultés et non par un organe corporatif tel que le Syndicat des Chirurgiens Français, qui avait récemment songé à s'en réserver le privilège.
La Faculté de Paris posséde quatre chaires de Clinique Chirurgicales qu'occupent aujourd'hui les professeurs Gosset, Cunéo, Lenormant et Grégoire; d'autres chaires plus "différenciées" sont reservées à la thérapeutique chirurgicale, à la pathologie externe, à la gynécologie, à la chirurgie infantile, à la chirurgie orthopédique de l'adulte, dont les titulaires sont respectivement les professeurs Duval, Chevassu, Marion, Mocquot, Ombrédanne et Mathieu. Sans les temps financièrement difficiles que nous traversons, nous posséderions une chaire de neuro-chirurgie dont la fondation, d'ailleurs, parait imminente; c'est cette même raison financiére qui a amené la suppression de la chaire d'anatomie médico-chirurgicale et de chirurgie expérimentale, qu'illustrèrent mrs. Cunéo et Proust.
Il était question, depuis longtemps, de la modernisation des locaux de la Faculté: cette perspective, après de multiples projets de reconstruction sur divers emplacements, est entrée dans le domaine des réalités. Grâce à l'action réalisatrice de notre ancient Doyen, le professeur Roussy, actuellement Recteur de l'Université de Paris (c'est, en effet, à un médecin qu'est aujourd'hui confiée cette haute fonction de l'Enseignement), les nouveaux locaux de la Faculté s'édifient en ce moment rue de Jacob, sur l'emplacement du vieil hospital de la Charité, récemment démoli. Ces nouveaux bâtiments comprendront beaucoup de laboratories et de salles de travaux pratiques, conçus sous une forme nouvelle.
Personnellement, je n'ai jamais eu qu'à me louer de la Faculté et je m'en voudrais d'être le moins du monde irrévérencieux vis-à-vis d'une personne âgée et vénérable, respectable à tous égards. Et cependant je n'ai pas réussi à chasser de ma mémoire le souvenir d'une caricature, due à un de nos meilleurs humorists et qui ornait vers 1908 la couverture d'un journal illustré. La fermeture de la Faculté venait d'être decidée, pour punir les étudiants, dont j'étais, de leurs manifestations bruyantes aux cours d'un professeur récemment nommé (nous travaillons beaucoup, les étudiants de cette époque, mais nous étions plus frondeurs et plus "dynamiques", me semble-t-il que ceux d'aujourd'hui!); or le dessin en question représentait la Faculté close, toutes grilles fermées et on lisait au-dessous cette simple légende: "La Faculté est fermée …l'enseignement continue"! Boutade assurément sévère, mais non dépourvue de vérité, en ce qui concerne surtout la chirurgie, car c'est aujourd'hui comme hier, non dans des cours théoriques, mais à l'hôpital, au lit des malades et à la salle d'opérations, que s'acquièrent les éléments essentiels de l'éducation des futurs chirurgiens.
Un de nos plus célèbres et remarquables pédagogues chirurgicaux, le professeur Forgue, de Montpellier, dont la haute culture générale, le talent d'expositions si clair et si précis, nous ont valu les plus beaux travaux, les plus lumineux rapports dans les Congrès, ne préfaçait-il pas son célèbre Précis de Pathologie Externe (qui connut 10 éditions successives, rapidement épuisée), en l'offrant aux étudiants pour solliciter leur assiduité clinique, car "l'hôpital" disait-il "demeure la seule école de de la pathologie; il est plus encore celle de la clinique et de la thérapeutique chirurgicale". La clinique hospitalière a de tout temps formé la base de l'enseignement chirurgical en France: aux grands noms de Trousseau et de Dieulafoy, de Chauffard et de Widal en médicine, répondent ceux de Tillaux, de Reclus, de mes regrettés maîtres Lejars et Lecène en chirurgie, pour ne citer que des disparu."Soyons biologiques"dit-on volontiers aujourd'hui, c'est entendu, mais c'est dans la synthèse clinique que notre entendement professionnel revêt son expression la plus élevée et l'art délicat et complexe de poser des indications opératoires correctes et bienfaisantes est encore la méthode la plus sûre, le moyen le plus efficace dont ne saurait se priver l'art de guérir.
La meilleure école des chirurgiens français demeure l'Internat des Hôpitaux. Cette institution est plus que séculaire: on fêtait en 1902, solennellement, le centenaire de l'Internat des Hôpitaux de Paris. C'est ce corps de l'Internat qui a donné à la France ses meilleurs chirurgiens et ses Maîtres les plus réputés, comme il a peuplé nos provinces les plus lointaines de chirurgiens toujours instruits et souvent éminents; la décentralisation chirurgicale nous a valu des hommes de la valeur de Monprofit d'Angers, de Delagenière du Mans, de Témoin de Bourges, tous issus de l' internat de Paris. Cette décentralisation n'a fait que s'accentuer; des agglomérations, même secondaires commencent elles aussi à connaître, à l'heure actuelle, les effets d'une pléthore croissante et par suite d'une concurrence chirurgicale qui s'avère chaque jour plus sévère.
On accède à l'Internat des Hôpitaux de Paris par un concours difficile, qui nécessite une longue préparation, une somme de connaissances théoriques considérables, tant anatomiques et médicales que chirurgicales. Le nombre des candidats s'accroît chaque année et ce titre envié, qui ouvre véritablement les portes de la carrière chirurgicale, n'est acquis qu'au pris d'un labeur acharné; je ne crois pas qu'il existe dans d'autres pays une compétition qui exige un effort de plusieurs années aussi soutenu et une instruction aussi étendue. La préparation de l'Internat représente une érudition de base de premier ordre, qui va permettre à ceux qui sont reçus au concours de profiter de l'instruction pratique qu'ils recueilleront pendant les quatre ans que durent les fonctions des internes des Hôpitaux. C'est par l'école de l'Internat de Paris (où existent depuis qeulques années des places en surnombre accordées "à titre étranger") que sont passés de nombreux collègues qui ont fait dans leur pays d'origine des carrières chirurgicales illustres: en Roumanie, en Suisse, en Grèce, dans plusieurs républiques Sud-Américaines, etc.
Il serait à souhaiter que nos amis Roumains nous envoient à nouveau de jeunes élèves studieux et bien doués susceptibles de concourir avec success à l'Internat; rentrés ultérieurement dans leur Patrie, ils constitueraient les meilleurs "agents de liaison" entre nos deux écoles de chirurgie, ce qui serait fort profitable à nos deux pays,comme à <l'interpénétration>de nos milieux chirurgicaux qui ne seront jamais trop familiers l'un à l'autre.
Ceux qui veulent accéder aux postes officiels de chefs de service dans les Hôpitaux de Paris ont encore à franchir, après l'internat, les concours de l'adjuvat et du prossectorat; le concours d'agrégation leur ouvre, avec les portes de la Faculté, l'espoir…de la robe rouge et de la toque de professeur…, qu'il leur faudra souvent attendre fort longtemps! C'est là toute une série d'obstacles difficiles, qui demandent des années de préparation et d'efforts soutenus.
On a pu parfois, reprocher à cette longues suites de concours de causer des difficultés excessives pour commencer à un âge raisonnable une carrière indépendante et pour mettre en valeur les qualités personnelles d'activité, d'initiative et de talent, trop longtemps entravées. De fait l'arrivée tardive dans les concours n'est pas sans avoir présenté des inconvénients, sutout pour les générations que la grande guerre a particulièrement lésées. Ce mode de recrutement comporte, par contre, la garantie d'une instruction générale et de connaissances professionnelles fort étendues. Même pour ceux qu'attire une spécialisation chirurgicale qui tend à s'accuser davantage de jour en jour, la voie des concours officiels reste une bonne école, car elle donne cette base essentielle d'instruction générale sans laquelle toute spécialisation ne saurait être qu'imparfaitement réalisée.
Il existe à Paris un centre anatomo-chirurgical d'instruction qui, à ma connaissance, n'a pas son équivalent dans les autres pays: l'Amphitéâtre d'Anatomie des Hôpitaux (Clamart). Dans ce vieil établissement, dependence de l'Administration hôspitalière de l'Assistance Publique, se donnent des cours de chirurgie, avec répétition sur le cadavre. Destiné primitivement à perfectionner les connaissances anatomiques des élèves des hôpitaux,aux temps lointains où Tillaux en était le directeur et s'y montra un enseigneur hors de pair, cet établissement tend actuellement à devenir un véritable centre d'enseignement chirurgical, une école pratique de chirurgie. Des cours de technique y sont donnés par des chirurgiens des hôpitaux, et par les prosecteurs. Réservés primitivement aux internes des hôpitaux, il s'adressent maintenant à un auditoire moins restreint; des cours de perfectionnement spécialisés (chirurgie d'urgence, chirurgie digestive, urinaire, osseuse, gynécologie, etc) sont fréquentés assidûment par de nombreux confrères français et étrangers. Nommé au début de 1938 à la direction de cet amphithéâtre, je compte en améliorer encore le fonctionnement et y organiser un enseignement adapté aux necessités actuelles de la pratique chirurgicale. On ne saurait évidemment, apprendre sur le cadavre toute la technique chirurgicale, mais il y a là des possibilités d'enseignement très intéressantes, surtout depuis que nous avons adjoint à cet établissement une installation de chirurgie expérimentale sur les animaux.
Les installations matérielles des hôpitaux ont bénéficié de récents et importants progrès, après un certain retard dû à la prolongation de la crise économique. Paris possède aujourd'hui d'importants bâtiments hospitaliers nouveaux que nous avons maintes foi eu le plaisir de faire visiter à nos hôtes étrangers l'année dernière à l'occasion de l'Exposi-tion Internationale. Citons en particulier,le centre anticancéreux de Villejuif, le nouvel hospital de l'Institut Curie, la Fondation Foch du Mont Valérien (destinée aux "classes moyennes"), l'immense bâtisse du nouvel hospital Beaujon à Clichy, etc. Le "Nouveau Beaujon" s'apparente directement aux hauts "buildings"des Etats Unis; on y a réalisé de nombreuses innovations et la visite des différentes services et spécialement des services généraux est fort intéressante. Personnellement, je me sens, dans cet immense hôpital, un peu "dépaysé" par tant d'étages, tant d'ascenseur et de longs corridors: j'apprécie davantage l'intimité plus grande que donnent les petits pavillons de plain-pied, bien groupés autour d'un "bloc opératoire" et environnés de vertes frondaisons, créant, tant pour le chirurgien que pour les malades, une ambiance plus adaptée à nos moeurs françaises; mais sans doute suis-je un peu retardataire, pas assez "up to date"!
En matière de réalisations hospitalières nouvelles, la province ne le cède en rien à la capitale; de gros efforts ont été faits récemment pour doter notre pays d'une équipement sanitaire très moderne. A Lyon, l'hôpital de Grange Blanche (hospital Ed.Herriot) est un des plus vastes d'Europe; à Lille, s'édifie une immense cité sanitaire. Beaucoup de ces centres provinciaux comprennent des installations toutes neuves, qui mériteraient d'être plus souvent vistées, tant par les français eux-mêmes d'ailleurs, que par les chirurgiens étrangers.
L'importance et la complexité croissantes des méthodes d'exploration, les utilisations thérapeutiques des divers agents physiques ont modifié la disposition des installations hospitalières en multipliant les services annexes, les laboratories, les salles d'investigations endoscopiques et biologiques, les installations de radio et de curiethérapie: l'engloutissement de gros credits fut la conséquence fatale. Or, si l'installation matérielle est une chose très importante en chirurgie, il semble qu'on aît vu un peu trop grand, un peu trop "riche", il y a quelques années: les gros bâtiments ne sont pas tout; les services hospitaliers s'accomodent fort bien à mon avis, d'une certaine sobrieté; ils valent surtout par la "tête" qui les dirigent et on me pardonnera d'afficher quelque scepticisme vis-à-vis de certaines tendances spectaculaires des chirurgiens, qui ne sont jamais satisfaits de la grandeur et de la richesse de leurs locaux. "L'habit ne fait pourtant pas toujours le moine" et il ne faudrait tout de même pas oublier que la teinte avantageuse du carrelage des salles d'opérations où l'impressionnante symphonie des reflets métalliques que nous renvoient les puissants appareils de radiothérapie n'est pas la juste mesure de la valeur d'une installation chirurgicale. Ne doit-on pas juger avant tout de la valeur d'un service par "ce qui en sort": le nombre des malades guéris (surtout les cas difficiles) et les idées nouvelles qui y ont vu le jour? Que de résultats magnifiques, que de découvertes mémorables, en chirurgie comme en biologie, sont sortis d'installations matérielles fort modestes!
Le luxe, la tendance au "grandiose" pour des installations hospitalières qui, à Paris, ignorent encore les "trois classes" et s'adressent théoriquement à la clientèle indigente ou "économiquement faible" à laquelle le chirurgien est tenu de donner ses soins gratuitement, n'ont-ils pas pour résultat fatal un "desaxage", une certaine démoralisation des masses populaires, lesquelles, regagnant leurs modestes logis, afficheront trop aisément par la suite, un mécontentement, une humeur revendicataire,elements certains de déséquilibre social! La rigueur des temps actuels parait ramener sagesse et quelque modération dans les conceptions un peu trop dispendieuses, un peu trop "américanisées" des installations hospitalières conçues dans les temps d'une fallacieuse et temporaire prospérité!
Le travail effectué dans les nombreux centres hospitaliers parisiens est en grande partie communiqué à la doyenne de nos sociétés chirurgicales, l'Académie de Chirurgie. Elle groupe l'élite de nos chirurgiens; c'est elle qui centralise et oriente en quelque sorte les travaux chirurgicaux français: la lecture de ses "Mémoires" donne un reflet fidèle des directives et des tendances chirurgicales du moment. Fondée en 1731 sous le nom d'Académie Royale de Chirurgie, elle était devenue, par la suite, la Société Nationale de Chirurgie; dans une séance inaugurale qui eut lieu à la Sorbonne le 5 Février 1936, elle fêta avec éclat la resurrection de son ancient titre académique. A cette occasion fut rappelé le glorieux héritage que le passé nous a transmis; de nombreux délégués représentants la plupart des nations étrangères vinrent rendre une sorte d'hommage solennel et international à la Chirurgie Française. Comprenant d'après ses statuts 150 membres associés étrangers, l'Académie tient à entretenir avec ses collègues du monde entier des rapports étroits; ainsi elle a reçu officiellement en Juillet 1937 une importante délégation du "Royal College of Surgeons" d'Angleterre, ayant à sa tête son Président Sir Cuthbert Wallace et nous devons rendre l'été prochain à Londres, la visite que nous ont faite nos collègues de Grande Bretagne.
Le champ de la chirurgie s'élargissant sans cesse, les travaux chirurgicaux devenant de jour en jour plus complexes et la spécialisation s'imposant pour les différentes branches de notre art qui orientent leurs recherches dans un sens particulier, de nouvelles sociétés spécialisées sont nées, par exemple celles d'urologie, de gynécologie, de gastro-entérologie, d'orthopédie. La dernière en date est la société d'anesthésie. Beaucoup d'entre elles sont médico-chirurgicales et permettent une collaboration avec des médecins compétents; d'autres plus spécifiquement médicales comme celles de biologie, de neurologie, de pédiatrie, de médicine légale sont fréquentées par des chirurgiens plus particulièrement spécialisés. Chacune d'elles publie des Bulletins, mais est exceptionnel qu'une découverte ou un fait de quelque importance touchant ces différentes specialités ne trouve pas un écho à notre Académie de Chirurgie.
Les publications chirurgicales françaises sont innombrables et c'est là un écueil, en France comme ailleurs: la littérature professionnelle est trop éparpillé, c'est le cauchemar des travailleurs et des bibliographes! A coté des gros traités, de nombreuses monographies paraissent conti-nuellement et plus que jamais semble sévir le prurit d'écrire! Parmi les thèses chirurgicales, principalement celles des internes des hôpitaux, on rencontre fréquemment des travaux de grande valeur mettant au point une question nouvelle ou d'actualité. Il est malheureusement difficile aujourd'hui de mener à bien la lourde tache de rédiger seul un traité chirurgical de quelque importance: la plupart d'entre eux sont le fruit d'une collaboration souvent exagérément multipliée; ils sont de ce fait assez inégaux et fréquemment "incolores". Il est bien difficile de procéder autrement pour achever une pareille besogne dans des délais susceptibles de satisfaire les éditeurs qui craignent que l'ouvrage soit déjà démodé quand ils pourront le mettre en vente: les idées comme les techniques se modifient rapidement; la vie passe à un rythme si accéléré, aux temps ou nous vivons!Et pourtant quelle valeur considérable présentent les ouvrages vraiment personnels qui résument l'expérience d'un seul homme de talent! "Timeo hominem unius libri!" La chirurgie d'urgence de Lejars, la chirurgie infantile de Broca, le livre de mon collègue et ami Mondor sur les diagnostics urgents dans les affections de l'abdomen, resteront à mon sens des modèles; ils ont une autre allure, une autre personnalité que tant de grosses compilations trop anonymes.
Parmi les plus importantes publications récentes nous devons vous signaler la Nouvelle Pratique Médico-Chirurgicale (8 volumes) et le Traité de Chirurgie Orthopédique (5 volumes). Un précis excellent vien de paraître chez Masson: le Précis de Pathologie Chirurgicale (publié sous la direction du prof. Lenormant). Une innovation fort intéressante est cette Nouvelle Encyclopédie Médico-Chirurgicale paraissant aux "Editions Techniques", pour laquelle des fascicules mobiles interchangeables permettent une constante mise à jour de l'ouvrage: les fractures, la chirurgie digestive,en particulier y sont fort bien présentées, avec de très belles figures et radiographies.
Les Congrès se sont multipliés en France en 1937, à l'occasion de l'Exposition Internationale (qui a eu lieu en 1938 à Paris-n.m.). Au 46-ème Congrès français de Chirurgie les trois questions à l'ordre du jour furent: 1) la physio-pathologie et le traitement des brûlures cutanées étendues récentes; 2) les embolies artérielles des membres-physio-pathologie et traitement; 3) les indications relatives de l'intervention sanglante et des méthodes orthopédiques dans les fractures diaphysaires fermées de la jambe. Les questions proposées pour le Congrès de 1938 sont: 1) les septicémies à staphilocoques d'ordre chirurgical-formes cliniques et traitement; 2) le traitement des fractures fermées et récentes du rachis; 3) les tumeurs conjonctives primitives et malignes des parties molles des membres. On voit, par ce simple énoncé, dans quell sens fort divers s'orientent les préoccupations chirurgicales actuelles. Les sociétés spécialisées elles aussi ont eu l'année dernière leurs Congrès particuliers: ainsi la Société de gastro-entérologie mit au point le diagnostic précoce du cancer de l'estomac. A Vichy se tinrent d'importantes assises consacrées à la lithiase biliaire et aux affections hépatiques.
Pour vous donner quelqu'idée des questions d'actualité qui ont particulièrement retenu notre attention au cours de l'année dernière, je ne ferai que citer quelques unes des communications et discussions les plus importantes de l'Académie de Chirurgie. Elles ont porté sur la maladie post-opèratoire et son traitement, le syndrome pàleur-hyperthermie du nourisson, les infarctus viscéraux: poumons, intestins (traitement par l'adrènaline de certains infarctus intestinaux), appareil génital de la femme (j'avais, il y a quelques années, recueilli les deux premières observations françaises d'infarctus utéro-annexiels), pancréas; les formes graves d'ostéomyélite, les traumatismes cérébraux, les embolies artérielles des membres, la maladie de Volkmann, les endométriomes, etc… Des questions plus classiques comme la chirurgie du corps thyroïde, la technique des gastrectomies, ont connu un nouveau regain d'actualité. De même la chirurgie physiologique dans ses différentes modalités, chirurgie des glandes endocrines, du sympathique, etc… a continué à préciser ses indications, - le brillant animateur qu'est le prof. Leriche a réuni, dans un beau livre, des vues fort intéressantes autant qu'originales sur la Chirurgie de la Douleur.
Pour résumer les tendances actuelles de la chirurgie en France nous dirons qu'elle s'oriente beaucoup vers la spécialisation et quelle s'adapte de plus en plus au travail en équipe. Ce dernier résulte d'une évolution générale un peu fatale et qui s'apparente au travail en série "à l'américaine". Il va à l'encontre de nos habitudes anciennes,des tendances traditionnelles qui faisaient d'ordinaires des chirurgiens de farouches individualistes, lesquels s'apparentaient aux habiles artisans des corporations d'autrefois. Convient-il de nous louer de cette tendance actuelle? Elle a, comme toute chose, ses bons et ses mauvais côtés; à notre avis, il ne faut retenir de ce travail un peu "mécanisé", un peu "usinier" que ce qui est favorable à une meilleure organisation, une meilleure répartition, un meilleur rythme et partant, à un rendement accru. On ne doit pas trop avoir la hantise de la statistique. On aurait tort d'abuser de cette "taylorisation" poussée à l'extrême et qui réduirait le chirurgien au role exclusive de manoeuvre, travaillant comme "à la chaîne". Il deviendrait une manière d'exécuter automatique et anonyme des décisions de cliniciens médicaux spécialisés, trieurs de malades; notre art ne pourrait y gagner qu'une trop certaine déchéance et un rapide discrédit. Ce serait l'appauvrissement certain de la valeur intelectuelle du chirurgien, comme du niveau social et moral de notre profession.
Nous en arrivons à la question épineuse de l'exercice actuel de la chirurgie et du retentissement des temps nouveaux sur les moeurs professionnelles. On ne saurait soutenir que notre profession a échappé au malaise general: les années "troubles" que nous vivons ont atteint durement des professions qui n'ont plus guère de "libérales" que le nom. Beaucoup de réformes sociales se sont faites à notre détriment ou comme nous disons familièrement "sur le dos" des chirurgiens. Les assurances socials, la mutualité, les grandes compagnies, les grands centres industriels, les hôpitaux qui ne sont pas fréquentés par les seuls indigents, ont aiguillé l'exercise de la chirurgie vers une fonctionnarisation, tantôt plus ou moins bien dissimulée, tantôt complète. La quantité a été trop souvent substituée à la qualité. Cette démocratisation de la chirurgie a résulté en grande partie de la plethore professionnelle. On a eu le tort de fabriquer des chirurgiens en série, sans attacher suffisamment d'importance à leur valeur et sans songer à en limiter le nombre. C'est la grande cause, d'ailleurs mondiale, d'une certaine démoralisation de la profession dont on ne saurait contester la réalité. La question est complexe. Nous vivons sous le signe de la bienfaisance, de la philanthropie; elles n'ont été que trop fréquemment exploitées, il faut le reconnaître, aussi bien par les pouvoirs publics et les collectivités que par les individus. Notre clientèle privée s'est restreinte chaque jour, au fur et à mesure que des difficultés financières croissants atteignaient davantage des couches sociales autrefois aisées. L'ère de la chirurgie "mine d'or", dont l'existence au siècle dernier a souvent tenu d'ailleurs à la legende plus qu'à la réalité, est définitivement close. Il faut reconnaître que certains chirurgiens ont manifesté des besoins d'argent et étalé un train de vie un peu excessif, au moment ou les difficultés financières n'avaient pas encore étendu leurs ravages. Certaines réclames tapageuses, certains procédés trop commerciaux d'<aspiration>des malades qui eussent été autrefois plus durement stigmatisés, ont amené, la chose n'est que trop certaine, une déconsidération de notre profession de la part d'un public enclin à généraliser et qui semble ne pas s'être lui-même très amélioré moralement.
On aurait tort de généraliser, mais on est tenu de constater hélàs, que les temps actuels sont devenus peu propices aux recherches et aux travaux désintéressés. Il convient à coup sûr de souhaiter que le retour à la sagesse d'un monde en folie rende à une profession magnifique, la plus belle de toutes sans doute, les traditions d'honneur et de probité qu'un glorieux passé nous avez léguées et qui, dépot sacré de nos grands devanciers, n'auraient jamais dù se laisser entamer comme elles l'ont été malheuresement dans ces dernières années.
Prononçant dernièrement, à l'Académie de Médecine, l'éloge de Tillaux, mon excellent et éminent ami- prof. Cunéo-, exprimait ainsi la pensée que lui avait inspirée, lors d'une visite à l'Amphithéâtre des Hôpitaux, la contemplation de la belle statue de son vieux maître: "je me demandais ce que pourrait penser cet austère représentant de la chirurgie de la fin du siècle dernier, s'il voyait ce qu'est devenue la chirurgie de l'heure actuelle, envisagée non pas du point de vue technique, mais du point de vue de sa tenue et de sa moralité. Ce qu'il en penserait,il vaut peut être mieux n'en rien dire. Mais je voudrais que, lorsque de jeunes étudiants passent au pied de la statue de Tillaux, ils ne songent pas seulement au grand anatomiste, au grand chirurgien, au grand professeur que fut ce Maître, mais qu'ils pensent aussi à l'exemple de droiture, d'honnêteté, de haute conscience que constitue toute sa vie".
Je m'en voudrais de terminer ma lettre sur ces réflexions un peu amères. Nous avons heuresement des raisons d'espérer des temps meilleurs. La chirurgie française n'est pas celle d'un pays qui se laisse abattre.
Une bonne nouvelle à vous annoncer est la récente nomination du prof. Leriche, de Strasbourg, à l'illustre Chaire de Médecine du Collège de France où brillèrent Magendie, Claude-Bernard, Brown-Séquard, d'Arsonval et plus récemment H. Vincent et Charles Nicolle. Cet heureux choix nous a valu le 29 Janvier dernier, devant une sale comblée, une magnifique leçon inaugurale émaillée d'aperçus originaux et de perspectives intéressantes sur l'avenir et les buts prochains de la chirurgie.
Il y a encore parmi nous des chercheurs, des esprits d'avantgarde, de puissants animateurs qui tiennent haut le flambeau de la chirurgie et le transmettront aux nouvelles générations qui montent.
Je suis heureux de dédier à nos collègues de Roumanie, nos amis de toujours, ces quelques lignes sur la chirurgie Française. Ils m'ont fait en 1936, l'honneur de m'accueillir parmi les membres corespondants de leur brillante Société de Chirurgie de Bucarest; je leur en demeure cordialement reconnaissant et je tiens à leur témoigner tout mon attachement.

Articolul lui J.Braine a fost publicat în Revista de Chirurgie no.7-8, pag. 467-479, în anul 1938.
Întregul numãr este redactat în limba francezã si mai contine - pe lângã numeroase lucrãri românesti -, un alt articol scris de Rocher si Pouyanne.
Scrisoarea adresatã chirurgilor români în 1938 de cãtre un chirurg din Paris meritã a fi cititã si comentatã azi, dupã 70 de ani. Atât datele împãrtãsite în ea, cât mai ales tonul pe care îl foloseste, aratã cu prisosintã cã - cel putin la nivelul anului 1938 -, chirurgia româneascã era parte integrantã din chirurgia europeanã, cã era luatã în considerare, cã era respectatã. Este bine sã amintim cã cei mai multi chirurgi români din prima jumãtate a sec. XX s-au format - direct sau prin maestrii lor - la Paris, Lyon, Berlin sau Viena. Iatã de ce nu ne surprinde multitudinea de amãnunte, tonul confesional - chiar familiar - cu care se adreseazã J. Braine mai ales atunci când prezintã retinerile lui în fata schimbãrilor. Nota dominantã a scrisorii este însã pledoaria pentru o chirurgie de calitate, pe care sã o execute chirurgi bine formati, atestati într-un centru universitar, care sã facã cinste si sã continue traditia scolii care i-a format.
Cel mai bun omagiu pe care-l putem astãzi aduce lui J.Braine sunt vorbele chirurgului român Nicolae Bardescu spuse la începutul sec. XX; "dacã doriti un progres în chirurgie, lãsati tinerilor speranta cã doar prin muncã si numai prin muncã îsi pot îndeplini idealurile".


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